GROUPEMENTS HOSPITALIERS DE TERRITOIRE : LES GAGNANTS ET LES PERDANTS

28 Juil 2016

Le Paris Healthcare Week, salon de l’Hôpital s’est déroulé fin mai à Paris. Lors de ces rencontres, la ministre de la santé Marisol Touraine a rappelé son engagement pour l’hôpital public. Pour preuve avec l’annonce d’un nouveau plan d’investissement de 2 milliards d’euros sur 5 ans, accordé aux établissements publics et privés.

Dans son discours, la ministre de la Santé a également défendu sa réforme des groupements hospitaliers de territoire, dits GHT. Une réforme appliquée depuis le 1er juillet, date à partir de laquelle chaque hôpital doit désormais appartenir à l’un de ces fameux GHT.

Au total 135 GHT ont été constitués. L’objectif étant de « Permettre de garantir à tous les patients un meilleur accès aux soins sur l’ensemble du territoire » précise le ministère de la santé dans un communiqué.

L’exemple du GHT du Centre-Val-de-Loire

L’idée de se regrouper pour mieux coordonner les soins apparait pour certains comme une utopie de la politique de santé française. Pour prouver que ce projet peu se concrétiser, la ministre prend volontiers sa région en exemple de la bonne application de sa réforme. En effet elle affirme qu’en Centre-Val-de-Loire, celle-ci a été adoptée par le milieu hospitalier « dans un esprit constructif ».

« Des coopérations à l’échelle de chaque département existent déjà », soutient même la ministre. Des propos confirmés par le directeur-coordinateur du GHT d’Indre-et-Loire, Patrick Faugerolas. Contacté peu de temps après par le magazine Pourquoidocteur, le responsable confirme que, depuis septembre dernier, plus de 200 médecins ont participé à l’élaboration du projet médical validé par 35 instances.

Le GHT Touraine Val-de-Loire comprend au total 7 établissements hospitaliers, 3 EHPAD, 2 structures de HAD et 3 établissements privés. « Nous sommes en train d’élaborer une stratégie de groupe pour mieux prendre en charge les patients. C’est du concret. Par exemple, nous allons travailler à la création de filières de courts séjours gériatriques ». A terme ce dispositif doit faire disparaitre le passage des personnes âgées aux urgences, devenant trop nombreux voire parfois inutiles.

Des projets en cours et à venir

Un autre grand projet de ce GHT : développer une stratégie de diagnostic précoce des risques durant la maternité. Appuyée par le CHU de TOURS, elle sera déployée dans tous les établissements de santé ayant, soit une maternité, soit un centre de périnatalité.

Les établissements de la région Centre n’ont pas attendu l’arrivée des GHT pour créer des partenariats. Pour exemple, la maternité de Chinon s’est associée depuis 2 ans avec des hôpitaux et cliniques, dans le cadre d’une fédération médicale inter-hospitalière et d’un groupement de coopération sanitaire. D’autres partenariats ont pris forme ailleurs, notamment pour la prise en charge des adolescents ayant quitté l’école suite à un refus scolaire anxieux. Il en est de même pour la prise en charge des troubles du comportement alimentaire.

L’insatisfaction côté patients

Les regroupements ne se passent pas toujours aussi bien que pour le Centre-Val-de-Loire. Et c’est dans les découpages que les ennuis commencent, comme le fait remarquer le Collectif Inter associatif sur la Santé, représentant les usagers. En effet dans un récent communiqué le collectif raconte l’histoire du Centre hospitalier de Brioude (Haute-Loire) qui depuis plusieurs années a engagé des coopérations hospitalières et de consultations avancées avec le Centre hospitalier d’Issoire et le CHU de Clermont-Ferrand.

Le problème est que la réforme des GHT lui somme de changer de filière pour concourir à un GHT avec le Centre hospitalier de du Puy-en-Velay (Haute-Loire). Ce dernier adressant les patients au Chu de Saint Etienne. Un changement qui aura des conséquences sur les patients : « le temps de transport pour aller vers un CHU ne sera plus d’une heure (Clermont-Ferrand) mais de 2 heures (Saint-Etienne.) » déplore le CISS.

« Et pour les budgets publics, dont on nous dit qu’ils sont contraints, les frais de transport vont doubler également… sans oublier les complications médicales du fait d’un allongement évitable des temps de transport », ajoute le Collectif.
Pire, le CISS considère que les flux imposés par les GHT marchent à l’envers, ces derniers étant « clairement, et depuis toujours » dans le sens Brioude-Issoire-Clermont-Ferrand d’un côté et Le-Puy-en-Velay-Saint-Etienne de l’autre côté…

Même avant les GHT

Pourtant, même dans ce cas de figure, les GHT ne sont pas responsables de tous les problèmes, les fusions ayant commencé bien avant la réforme. Il y a 9 ans débutait en effet celle des hôpitaux de Sèvres et de Saint -Cloud dans le cadre du grand projet d’établissement CH4V (Haut-de-Seine).

Conséquences : cette réforme a entrainé la fermeture de la maternité et du service d’urgences de la première commune. La CGT santé 91 et quelques usagers attachés à ces soins ont protesté. Une protestation reprise et portée par certains élus. En février 2015, la conseillère municipale EELV, Catherine Candelier, dénonçait cette décision « purement comptable et technocratique qui va priver les habitants d’un service public majeur de soins de proximité ». En vain.

Pour tenter d’apaiser les tensions, l’ex directrice de l’établissement, Elisabeth Pacreau-Ledain, promettait des locaux plus beaux et plus grands qu’à Sèvre. Et la liste des prestations fournies aux mamans était longue : chambres individuelles, éclairage naturel, baignoires équipées d’hydrojets, …

Les quelques 3500 bébés qui y sont nés en 2015 en gazouillent encore très certainement. Les Sévriens et Sévriennent ont, eux, encore du mal à avaler la pilule. Principalement pour ceux n’ayant pas de voiture pour se rendre jusqu’à Saint-Cloud.

Source:
http://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/16598-Hopitaux-les-gagnants-et-les-perdants-des-regroupements

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